Cinq questions à Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique.
Monsieur le Ministre, vous avez tenu à être présent au Congrès de l’Ordre des experts-comptables, en octobre dernier, pourquoi ?
Parce que les experts-comptables sont une profession majeure pour notre économie. Venir vous parler en face, directement, c’était venir parler à ceux qui sont dans l’économie réelle au quotidien, ceux qui soutiennent et conseillent chaque jour les chefs d’entreprise de ce pays, ceux qui sont auprès des Français qui se battent pour faire avancer les choses. Je suis venu vous voir, aussi, parce qu’il me paraissait primordial de vous expliquer le sens de la politique que nous conduisons. Le Gouvernement a tracé un chemin, que nous arpentons ensemble pour dynamiser notre économie et pour lever les blocages de notre système : je suis donc venu vous dire où ce chemin doit nous mener. Et puis, aussi, j’ai voulu échanger avec vous, parce que je considère que les experts-comptables sont un exemple : vous avez su vous réformer, vous avez su vous transformer et vous adapter aux réalités du monde nouveau, aux exigences et aux aspirations de vos clients. L’effort nécessaire que vous avez fait, il me paraissait indispensable de le mettre en lumière.
Les réformes de la réglementation de l’expertise comptable, ces dernières années, ont ouvert de nouvelles perspectives pour notre profession. En quoi intéressent-elles également le Gouvernement ?
Vous êtes la preuve qu’il est possible de prendre les devants pour se réformer. Et à un moment où le Gouvernement a pris la décision de moderniser les professions réglementées du droit, il est capital de dire que le changement est possible, qu’il n’y a pas de fatalité, que ceux qui osent réussissent, ou tout du moins que ceux qui n’osent pas ne peuvent pas réussir. Vous avez montré qu’une profession réglementée est capable de se moderniser par elle-même et pour elle-même, et de s’ouvrir. Concrètement, vous avez ouvert votre capital. Concrètement, vous avez décidé l’absence de numerus clausus et de tarifs. Vous avez décidé d’en finir avec les réglementations inutiles, tout en préservant les réglementations nécessaires, celles qui protègent vos clients, celles qui encouragent nos entreprises à prendre des risques. Aujourd’hui votre maillage territorial est exemplaire.
La modernisation de la profession d’expert-comptable s’est faite sur la confirmation des fondamentaux de la profession (science-conscience-indépendance). S’agit-il d’un mode d’emploi susceptible d’être suivi par d’autres professions réglementées ?
Quel avenir voyez-vous aux professions réglementées ?
Vous avez souhaité que la profession soit une vigie qui vous alerte des difficultés que rencontrent les entreprises ainsi que de leurs inquiétudes face à certains dispositifs publics. Qu’attendez-vous plus particulièrement de la profession dans ce domaine ?
D’abord, j’ai besoin que vous soyez force de proposition. Les blocages de notre économie, vous en êtes les témoins chaque jour, vous les identifiez au quotidien. Je vous ai demandé, lorsque je suis venu vous voir, de m’en faire part. Et je vous remercie de l’avoir fait : j’ai reçu, et je continue de recevoir, de nombreux courriers et emails de la part de vos collègues. Continuez de me dire ce qui dysfonctionne, ce qui ne tourne pas, ce qui devrait être amélioré. Par ailleurs, j’ai besoin de vous pour faire la pédagogie des réformes que nous menons. Vous êtes mes relais directs auprès de vos clients. Je pense notamment au CICE et au Pacte de responsabilité et de solidarité : si nous voulons que ça marche, il faut que vous continuiez à expliquer aux entreprises comment elles peuvent s’en servir et se l’approprier. Ces décisions, c’est en partie grâce à vous qu’elles se concrétiseront.
Les professionnels comptables rencontrent régulièrement les chefs d’entreprise, notamment lors de l’établissement des comptes. Quel message souhaitez-vous leur adresser ?
Il faut transmettre un message très simple, très clair, très direct : aujourd’hui, tout est réuni pour que les entreprises investissent et embauchent. Tous les outils sont à leur disposition et se traduisent concrètement pour elles. A elles de jouer le jeu, donc ! Ainsi, comme prévu par le Pacte de responsabilité et de solidarité, depuis le 1er janvier, le premier volet des baisses de charges portant sur les salaires inférieurs à 1,6 Smic et sur les indépendants, a été concrétisé. Cela représente 140 euros de charges en moins chaque mois pour un salarié payé un Smic, soit une division des charges par deux ! La responsabilité des chefs d’entreprise, donc, c’est de se servir des marges nouvelles qu’ils auront pour relancer notre économie. Pour embaucher, investir, innover, oser ! Et la responsabilité du Gouvernement, c’est de poursuivre le travail de modernisation pour donner plus de vitalité à notre économie. Soyez assurés que nous l’assumons et que nous l’assumerons jusqu’au bout.